Le Village Pa Dong de Nai Soi
Une Visite chez les femmes-girafe

14 Mai 2001

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Après une nuit paisible au milieu de la nature, nous quittons le Fern Resort pour le village aux femmes-girafe de Nai Soi, le plus grand des trois villages Pa Dong autour de Mae Hong Son. Il y a environ 40 kilomètres de route, et l'on peut aussi atteindre le village par la rivière.
George, notre guide, est un Shan, natif de la région. A la fin de ses études à Chiang Mai, il a préféré revenir vivre dans la beauté paisible de sa province natale. Durant le trajet, il nous en dit plus sur les célèbres femmes-girafe.
Les Pa Dong forment une petite minorité dans la tribu des Karens Rouges, appelés aussi Karennis. Originaires de Birmanie, où ils formaient un petit état quasi indépendant avec leur propres gouvernement et armée, les Karenni durent fuir en Thaïlande. Ils emmenèrent alors quelques Pa Dong avec eux, probablement à cause de l'intérêt financier que les femmes représentaient en tant qu'attraction touristique. Par la suite, d'autres Pa Dong virent se réfugier en Thaïlande et ils forment, aujourd'hui, 3 villages.
Derrière le village Pa Dong de Nai Soi se trouve un important camp de réfugiés de 3 000 habitants, la majorité Karennis. Ils sont, parait-il, autorisés à y entraîner leur propre armée.
Durant de nombreuses discussions avec les femmes Pa Dong, George a tenté de découvrir l'origine de la coutume du fameux collier. Certaines lui ont dit que cette coutume était apparue afin d'empêcher les femmes de quitter le village pour se marier dans d'autres tribus, d'autres pour leur éviter d'être prises en esclavage par les birmans, le collier les rendant "laides", car, la tribu étant petite, les femmes ne sont pas autorisées à se marier en dehors de celle-ci. Mais, en dehors de ces explications plutôt fantaisistes, la seule réponse que reçut George, notamment de la doyenne des femmes-girafe, âgée de 74 ans et qui portait le collier depuis l'age de 5 ans, est: "C'est la tradition". Réponse qui nous fut aussi donnée par toutes les femmes Pa Dong, à qui nous l'avons posée.
Le collier, contrairement à ce qui est souvent dit, n'est pas fait d'une accumulation d'anneaux au fil des années, mais d'une spirale en bronze qui est changée au fur et à mesure de la croissance. Elle n'allonge pas le cou, mais abaisse les côtes. Elle peut être retirée sans réel danger. 

La route n'est pas très facile et notre minibus doit traverser plusieurs petites rivières, mais nous arrivons sans encombres à Nai Soi. Il faut payer un droit d'entrée de 250 Baht, mais on peut prendre des photos à volonté.
Le village est fait de huttes de bois et de bambou, avec le toit en feuilles d'arbre comme pour la plupart des tribus. Il y fait très calme, car nous sommes en basse saison et il y a très peu de touristes. De plus, c'est une journée pluvieuse. De nombreuses petites échoppes, toutes tenues par des femmes ou fillettes Pa Dong  en costume traditionnel, vendent des souvenirs: bracelets, crayons, cartes postales, poupées, étoffes et divers ustensiles en bois.

Notre première rencontre est avec Ma-Da. C'est une jeune femme très jolie de 20 ans, dont vous verrez la photo sur la plupart des cartes postales vendues dans toute la Thaïlande. Ma-Da parle très bien Anglais, elle est charmante, pleine de grâce et d'esprit. Elle porte le collier depuis l'age de cinq ans, comme sa mère Ma-Djae avec qui elle s'est réfugiée en Thaïlande, il y a 13 ans. Elle nous explique qu'aujourd'hui, les filles peuvent décider librement de porter le collier, et la plupart le font. Pourquoi? "C'est la tradition." répond-elle... et nous pouvons ressentir sa fierté. Les bracelets autour des bras et des jambes font aussi partie de cette tradition. Nous choisissons quelques crayons, cartes postales, et, surtout, les très beaux portraits qu'a dessinés, d'elle et de sa famille, Johan Van Roekeghem ainsi que son étude de l'effet du collier sur le corps, "Le secret des femmes-girafe, enfin dévoilé".
Nous nous sentons à l'aise avec Ma-Da mais devons continuer la visite. Avant de la quitter, nos lui demandons si elle est mariée. Elle a un petit sourire moqueur: oui, depuis un mois, avec un garçon de sa tribu, bien sûr. "Trop tard!", nous dit George.
Après notre conversation avec Ma-Da, toujours sous son charme, nous passons d'échoppe en échoppe. La plupart sont tenues par des petites filles qui posent gracieusement pour nos photos. George les connaît bien, et l'on sent son affection pour elles. Nous achetons, ici et là, de petites choses, plus comme geste d'amitié que par obligation.
Nous atteignons enfin la hutte de Ma-Djae, mère de Ma-Da. Elle ne parle pas anglais et Georges nous sert d'interprète.  Souriante, elle prend sa guitare et chante. Durant la conversation, nous remarquons un petit garçon et une petite fille qui jouent. Cette dernière a manifestement plus de cinq ans et ne porte pas le
collier. Ma-Hao est la plus jeune fille de Ma-Djae. A cinq ans, elle a commencé a mettre la spirale, mais a finalement décidé qu'elle n'en voulait pas et ses parents l'ont enlevée. Les enfants posent pour notre appareil, mais avec une grande timidité que nous n'avons pas rencontrée chez les autres petites filles qui ont posé pour nous en costume traditionnel.
Nous continuons la visite. Les enfants, avec ou sans collier, jouent et rient comme tous les enfants. A bout du village, juste avant l'entrée du camp de réfugiés, les garçons font une partie de football. Nous remarquons quelques autres jeunes 
femmes qui ne portent pas l'ornement traditionnel. Il n'y a pas beaucoup d'hommes, la plupart sont sans doute au travail ou chassent. Ceux qui sont là restent discrets et distants.
Nous rencontrons aussi les membres d'une autre minorité Karenni qui vivent dans le village. Ce sont les Kayas et Kayos. Ils ne portent pas la spirale, mais ont le lobe des oreilles percé et allongé, ce qui n'est pas sans rappeler les femmes Masai d'Afrique. 
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Les femmes-girafe: piège à touristes ?

Découvrir un autre peuple avec une culture différente n'est jamais un piège à touristes. Tout dépend de l'esprit dans lequel on voyage. Nous avons quitté les Pa Dong en regrettant de ne pouvoir rester encore quelques jours, pour apprendre à mieux les connaître et, peut-être, devenir amis. Mais cette brève visite nous a suffi pour éprouver des sentiments envers eux, ce qui est déjà pour nous un enrichissement.


Les femmes-girafe sont-elles exploitées ?
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Il semble fort probable qu'une grande part de l'argent qu'elles gagnent grâce au tourisme sert pour la résistance des Karenni contre Myanmar. Mais nous avons aussi l'impression que cela est volontaire.
Bien que les femmes Pa Dong aient maintenant la liberté de décider du port du collier, la tradition et la nécessité pèsent sans doute sur cette décision. Mais n'est-ce pas le cas pour toutes les cultures, particulièrement quand ces traditions sont menacées et que vous avez perdu votre patrie ?
En Thaïlande, les Pa Dong ont accès à certaines facilités de la vie moderne dont elles ne pouvaient que rêver chez elles, comme par exemple la 
possession de vélomoteurs. Mais ils n'envoient pas leurs enfants dans les écoles thaïes, préférant avoir leur propre écoles. Ils continuent à se marier entre eux. Ils acceptent l'aide et l'hospitalité de la Thaïlande, mais avec l'espoir que c'est provisoire. Les Pa Dond rêvent de rentrer chez eux. Ne semble t'il pas alors logique que tous, femmes et enfants compris, soient prêts à participer à l'effort pour reconquérir leur patrie ?
Nous avons été frappés par la fierté de ces femmes. Fierté de maintenir la tradition, fierté de leur beauté, mais aussi, pourquoi pas, fierté de connaître l'importance de leur participation financière dans leur cause. Et, plutôt que femmes-girafe, nous pensons maintenant plus à elles comme les Dames-girafe, et surtout les Pa Dong.
Certains, sans doute, ne seront pas d'accord. De toutes façons, nous ne pouvons souhaiter qu'une chose, même si ils nous manqueront en Thaïlande: que leur rêve se réalise le plus vite possible et qu'il puissent rentrer chez eux.


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"Le secret des femmes-girafe, enfin dévoilé"
par Johan Van Roekeghem


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